Seniors : mal dormir n'est pas une fatalité
Les plaintes d'insomnies sont fréquentes à mesure que l'on avance en âge. Même si la façon de dormir change en vieillissant, il est nécessaire de veiller à garder un sommeil de qualité.

À partir de 55 ans, les plaintes liées au sommeil augmentent, pouvant donner l'impression qu'il est inévitable que la qualité de nos nuits se dégrade avec l'âge. Or il n'en est rien, ont rappelé fin novembre des gériatres du monde entier, lors du dernier congrès annuel de la Société française de recherche et médecine du sommeil. Les troubles du sommeil chez les seniors doivent au contraire être pris très au sérieux, car une prise en charge réussie peut considérablement améliorer la qualité de vie du patient.

Comme les autres grandes fonctions de l'organisme, le sommeil «vieillit». Cette évolution se traduit notamment par un rythme chronobiologique décalé plus tôt dans la journée. Résultat: les personnes âgées ressentent l'envie de se coucher dès le début de la soirée. En contrepartie, elles sont aussi programmées pour s'éveiller très tôt, vers 4 ou 5 heures du matin. Il arrive également que la durée globale de leurs nuits diminue. «C'est pourquoi beaucoup affirment avoir des insomnies, alors qu'en réalité, elles ont simplement du mal à s'adapter à l'avancement naturel de leur phase de sommeil», expliquait lors du congrès le Dr Sonia Ancoli-Israël, ex-présidente de la Société américaine de recherche sur le sommeil.

Se coucher à 18 heures étant, de fait, peu compatible avec le rythme des activités sociales, la solution pour compenser ce décalage naturel du rythme biologique peut consister à faire une petite sieste de vingt à trente minutes en début d'après-midi, explique au Figaro le Dr Fannie Onen, gériatre à l'hôpital Bichat à Paris, spécialisée dans le sommeil. «Cela permet ensuite de reprendre des activités qui prolongeront l'état d'éveil jusqu'à une heure de coucher raisonnable: marcher, s'exposer un maximum à la lumière du jour, rencontrer d'autres personnes… Beaucoup de gens âgés se laissent aller à somnoler simplement parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire», constate le Dr Onen, responsable du groupe sommeil de la Société française de gériatrie.

Déficit d'attention, des troubles de la mémoire, des chutes

Les troubles du sommeil ne sont pas toujours faciles à repérer chez les seniors, car leurs symptômes peuvent être assimilés à des signes de démence. C'est notamment le cas du déficit d'attention, des troubles de la mémoire, des chutes… En outre, l'isolement dans lequel vivent une grande partie des sujets âgés ralentit le signalement d'anomalies comme les ronflements, qui doivent alerter sur le risque d'apnée du sommeil, ou les siestes prolongées - une heure ou plus - l'après-midi.

«Il est plus facile, à l'inverse, de se demander si le sujet bénéficie d'un bon sommeil, conseille le Dr Onen. Quelqu'un qui dort bien doit se sentir reposé au réveil, rempli d'une bonne énergie. La personne ne doit pas souffrir d'une baisse de vigilance dans la journée.»

Vigilance particulière au syndrome d'apnée du sommeil

Outre le rythme chronobiologique décalé, plusieurs causes réversibles peuvent expliquer une baisse de qualité du sommeil: la dépression, fréquente chez les personnes âgées, les envies fréquentes d'uriner ou, paradoxalement, l'accoutumance aux somnifères.

Les spécialistes appellent cependant à prêter une vigilance particulière au syndrome d'apnée du sommeil. Cette maladie liée à une obstruction des voies aériennes supérieures touche «25 % des plus de 70 ans», rappelle le Dr Hakki Onen, responsable du centre gériatrique de médecine du sommeil au CHU de Lyon. Elle se manifeste par des ronflements et des pauses respiratoires pendant la nuit, qui privent le cerveau d'oxygène. La qualité du sommeil de l'individu s'altère mais celui-ci, n'ayant pas conscience de ces apnées nocturnes répétées, ne comprend pas pourquoi son sommeil est si peu récupérateur.

Or les conséquences peuvent être lourdes sur la santé de l'individu vieillissant. Des études internationales ont établi un lien entre le syndrome d'apnée du sommeil et un risque accru de mortalité, la survenue d'accidents vasculaires cérébraux, l'accélération du déclin cognitif, l'aggravation des troubles de la mémoire et l'accroissement des chutes.

Une fois diagnostiquée, l'apnée du sommeil se traite à l'aide d'une petite machine qui, durant la nuit, envoie de l'air sous pression positive à travers un masque. «Cela peut paraître impressionnant, mais il faut démystifier ce dispositif, insiste le Dr Fannie Onen. Les malades le supportent bien et en ressentent très vite le bénéfice. Et leur entourage aussi! Ils peuvent de nouveau regarder un film en entier, ne s'endorment plus au cours d'un repas…» Des études ont par ailleurs montré que traiter l'apnée du sommeil réduit le risque de chutes et ralentit la progression de la maladie d'Alzheimer.

De quoi conforter les propos du Dr Frédéric Roche, physiologiste au CHU de Saint-Étienne. «Quand on interroge les seniors en très bonne santé, leur premier conseil pour bien vieillir, c'est, de loin, bien dormir. Cela passe bien avant l'activité physique, les activités sociales et l'alimentation.»