Chronique économique de Roger Cukierman le 3 février 2013 sur RCJ 94.8

Chine nouvelle

 

L’arrivée du nouveau président de la Chine Xi Jinping en remplacement de Hu Jintao va-t-elle changer la politique de la Chine ?

La Chine n’est pas la France. On improvise peu, et les objectifs sont fixés à long terme. Le passage de témoin entre l’ancien et le nouveau président s’est fait dans un esprit de continuité d’autant que le nouveau président a assuré la fonction de vice président pendant cinq ans.

Mais chaque nuance peut entraîner des conséquences importantes pour cet immense pays. Le nouvel homme fort de la Chine a annoncé son intention de lutter contre la corruption. Il a aussi promis d’augmenter les investissements à l’étranger, de promouvoir la consommation en poussant les salaires à la hausse, et surtout de doubler le PIB d’ici à 2020, ce qui est très ambitieux. Pas un mot sur la libéralisation des droits de l’homme.  

Sur la politique en Asie il veut promouvoir la renaissance de la grande nation chinoise. C’est de mauvais augure pour les relations avec le Japon.  

Faut-il s’attendre à une accélération des achats par les Chinois de sociétés occidentales ?

Oui, les achats par les chinois de sociétés étrangères ont déjà progressé de 25 % en 2012 avec près de 70 milliards de $ d’investissements non financiers, alors que le marché mondial de fusions acquisitions avait stagné en 2012. Il est vrai que la Chine dort sur un trésor de 3.300 milliards de dollars de réserves de change. Ce chiffre correspond à près de la moitié de son PIB. Ce montant est largement investi en bons du trésor américain qui ont le double inconvénient d’être libellés dans une monnaie faible et de rapporter peu. Les Chinois sont donc tentés  d’investir non plus seulement en ressources naturelles, mais aussi dans l’industrie et les services hors de Chine. Et ce ne sont plus seulement les entreprises chinoises d’état mais aussi les sociétés privées qui font leurs emplettes sur les marchés étrangers.

Parmi les achats remarqués on peut noter

- le pétrolier canadien  Nexen acheté pour 15 milliards de dollars.

- ILFC numéro 2 mondial de la location d’avions acheté pour près de 4 milliards de dollars à l’assureur américain AIG.

- Ou encore 10 % du Club Méditerranée.

-Et 7 % d’Eutelsat.

Cela signifie-t-il que le Yuan est devenu une monnaie forte ?

Il en prend le chemin. Ainsi on trouve de plus en plus d’emprunts d’entreprises étrangères exprimés en Yuans.

Les « dim sum bonds » sont des emprunts émis en yuans. Ils tirent leur nom d’un plat cantonais. Leur volume devrait dépasser 50 milliards d’équivalent dollars US en 2013.  

Le yuan n’est pas convertible et les occidentaux accusent la Chine de sous évaluer volontairement sa monnaie pour favoriser son commerce extérieur. En fait le yuan est de moins en moins sous évalué puisqu’il a progressé de 20 % en cinq ans.

Pékin accélère la conclusion d’accords avec le Brésil, la Corée, Singapour, la Malaisie et le Japon. La Chine encourage ces pays à facturer en yuans. Les entreprises concernées se constituent des réserves en monnaie chinoise, imitées en cela par certaines banques centrales. Tout ceci prépare l’entrée de la Chine sur le marché des changes des monnaies convertibles. Lorsque les Chinois estimeront que le moment est venu.

La croissance a-t-elle repris son bond en avant ?

L’économie chinoise est sur la voie de la reprise après le modeste 7 % de 2012,  modeste à la mode chinoise. Au dernier trimestre le PIB progressait à un rythme annuel de 8%. Il est vrai que la banque centrale a baissé ses taux à deux reprises en juin et juillet 2012. Elle pouvait d’autant mieux le faire que l’inflation est sous contrôle à 2 %.

 La consommation intérieure ne représente pas encore le moteur de l’économie même si la reprise de l’immobilier est manifeste. La consommation progresse néanmoins et la Chine est déjà le premier marché mondial pour l’automobile, pour les produits de luxe, pour les téléphones portables avec des marques dont la notoriété va croître sur nos marchés telles Lenovo et Huawei. Et pourtant la consommation des ménages ne représente que 38% du PIB soit deux fois moins qu’aux USA. On estime que la classe moyenne est proche de 500 millions d’habitants. Les achats en ligne sur internet concerneraient 200 millions de chinois.  

Le salaire moyen progresse de 15 % par an. Si on tient compte également de la progression du yuan, la Chine devient moins compétitive que des pays comme le Vietnam ou le Cambodge notamment pour le textile.

Le moteur de l’économie n’étant ni la consommation, ni l’exportation, qui souffre bien sûr de la faible croissance occidentale, c’est l’investissement qui a pris le relais avec 50 % du PIB, un niveau plus élevé que partout ailleurs. Les seuls investissements d’infrastructure sont prévus en hausse de 20 % en 2013.

 Les grands projets dont on parle sont le GPS Chinois Beidou qui s’appuie sur un réseau de satellites qui concurrencera les GPS américain, européen, ou russe. Autre réalisation spectaculaire : le TGV  Pékin Canton long de 2.300 km franchi à 300 km de moyenne et 8 heures. Et Pékin promet l’ouverture de 25 nouvelles lignes de métro.

En tout cas, oui la Chine est au rendez vous de la croissance mondiale.

 Dans ce monde économique, bien inégalement pourvu, la Chine continue de faire la course en tête !