Tel Aviv sur Seine vu d’Israël

Jérusalem et enseigne les relations internationales à l’université de Tel Aviv et au centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il est membre du forum Kohelet de politique publique. Il vit dans la colonie israélienne d’Efrat, en Cisjordanie. Il est membre du comité central du Likoud.


LE FIGARO. – A Paris, la polémique enfle autour de la manifestation Tel Aviv sur Seine. Celle-ci a-t-elle rebondi en Israël?

Emmanuel NAVON. – Certains médias s’en sont fait l’écho, mais sans plus. Je dois dire que les Israéliens sont devenus blasés et indifférents à ces crétineries. Les propos de Bruno Julliard, le premier adjoint de la Mairie de Paris, ont quant à eux fait sourire: à l’en croire, Tel-Aviv serait une «ville symbole de la tolérance et de la paix» qu’il ne faut surtout pas confondre avec ce qu’il appelle «la politique brutale du gouvernement israélien.» Monsieur Julliard ne sait-il pas que le gouvernent israélien a été élu et que les résidents de Tel-Aviv participent aux élections? C’est en réponse aux missiles du Hamas tirés vers des cibles civiles israéliennes (dont Tel-Aviv) que le gouvernement israélien a rempli son devoir en répliquant et que les citoyens (dont les résidents de Tel-Aviv) ont rempli le leur en rejoignant leurs unités de réserve.

Comment est-elle perçue par les Israéliens?

Comme une aberration, surtout lorsqu’ils comparent cette controverse à celle de «plage saoudienne» à Vallauris. Le maire et les résidents de Vallauris s’étaient opposés à l’appropriation d’une plage publique «pour des raisons républicaines.» Mais personne n’avait évoqué le fait que l’Arabie saoudite est une théocratie wahhabite qui pratique la flagellation et la décapitation, qui discrimine contre les minorités, et qui au moment où je vous parle continue de faire des milliers de victimes civiles dans ses bombardements au Yémen.

Cela risque-t-il de ternir l’image de la France auprès des Israéliens?

L’ambiance délétère créée par ces militants contribue à l’exportation de la culture française en Israël car elle encourage l’émigration des Juifs français.

La France n’est pas le seul pays européen dans lequel les militants pro-palestiniens tentent de ternir et d’isoler Israël, et donc la France n’est pas une exception en Europe. Paradoxalement, l’ambiance délétère créée par ces militants contribue à l’exportation de la culture française en Israël car elle encourage l’émigration des Juifs français. On entend de plus en plus parler le français dans nos rues, la gastronomie française s’impose progressivement dans notre paysage culinaire, et même les partie politiques commencent à s’intéresser au «vote francophone.»

Peut-on imaginer des conséquences diplomatiques?

Non, car il ne s’agit pas là d’une politique du gouvernement français ou de la mairie de Paris (qui a par ailleurs résisté aux pressions).

Comment expliquez-vous que la question du conflit israélo-palestinien soit si passionnelle en France?

Cette question est passionnelle (je dirais plutôt obsessionnelle) pas seulement en France mais également dans le reste de l’Europe. La population musulmane croissante du Vieux Continent crée une pression politique incontestable qui trouve en terreau idéal dans une Europe qui tente de se déculpabiliser de son passé en accusant ses anciennes victimes d’avoir dépassé leur maître.

Emmanuel Navon dirige le département de science politique et de communication au collège universitaire orthodoxe de Jérusalem et enseigne les relations internationales à l’université de Tel Aviv et au centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il est membre du forum Kohelet de politique publique. Il vit dans la colonie israélienne d’Efrat, en Cisjordanie. Il est membre du comité central du Likoud.